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Jul 01 2018

Comment financer le logiciel libre ? un vrai sujet

Comment financer le logiciel libre ? un vrai sujet !

Ces derniers temps, de plus en plus d'articles traitent du problème de financement des logiciels libres, opposant parfois open-source et libre.

Je suis content que ce sujet se fasse une place dans les conférences, comme ce dernier week-end lors de Passage en Seine 2018 ou plusieurs personnes ont traité ce sujet de façons différentes. Par ailleurs on peut citer les articles de Calimaq et aussi de TechCrunch ainsi que le travail de Sebastien dans le cadre du projet de recherche "encommuns".

Je suis content que ce sujet soit plus traité aujourd'hui, car c'est un sujet qui m'intéresse depuis maintenant 14 ans que je gère XWiki SAS. En effet, XWiki SAS paye des développeurs de logiciel libre tout en essayant de garder un mode éthique de livraison de nos logiciels (en ayant une communauté ouverte et en n'ayant pas de parties propriétaires). Depuis 14 ans, nous sommes confrontés au phénomène de "free-riders", à la difficulté d'embaucher au prix du marché, à la difficulté de faire des bonnes marges sur le revenu de services face aux sociétés de services qui ne contribuent pas aux logiciels libres qu'elles utilisent. Depuis 14 ans aussi nous profitons des avantages du logiciel libre, des contributions, du marketing de notre communauté, du support d'acteurs qui comprennent bien notre modèle, de l'argent de projets de recherche. J'ai fait de multiples conférences parlant de notre expérience sur ce sujet.

Je voudrais porter l'attention sur ces différentes présentations et rapport récents et apporter quelques commentaires sur le sujet:

Ces articles traitent du problème de financement des logiciels libres, avec une éventuelle opposition aux logiciels "Open-Source" financés par les grands acteurs capitalistiques (GAFAM en particulier). Ils parlent ensuite des free-riders: entreprises et organisations utilisatrices de logiciels libres, sociétés de services qui les utilisent pour leurs clients, services clouds qui basent leur business sur du libre, ou individus qui utilisent sans participer au développement de ces logiciels.

La conférence de Atosh, provocatrice, montre le développeur "open-source" comme exploité pour son travail gratuit. Il prend en exemple les tweets de Fabien Potencier, créateur de Symfony, un logiciel libre emblématique du monde PHP:

fabpot.png

A noter que dans les réponses aux tweets, @fabpot reconnait que la comparaison est trop extrême, en particulier face à la situation de réels esclaves dans le monde. 

Lors de cette conférence, Atosh pose un problème sérieux: celui des free-riders et de la façon dont ceux-ci conçoivent le travail des développeurs de logiciels libres. Les ingénieurs qui arrivent sur le marché aujourd'hui utilisent l'open-source et le logiciel libre naturellement, sans avoir conscience du modèle de fonctionnement du libre et du travail des participants au mouvement. En quelque sorte le libre est victime de son propre succès. En voulant démocratiser et montrer le libre au monde, nous avons appuyé sur la gratuité et c'est ce qui a été retenu par la majorité des utilisateurs.

Cependant je ne peux pas être 100% d'accord avec @fabpot. J'espère qu'il parle des développeurs du libre en général et pas de lui, car il fait quand même partie des privilégiés de l'open-source, et il le mérite pleinement: son logiciel Symfony est un succès massif. Ce succès a contribué au succès de SensioLabs et de SensioGrey (revendu en 2017 à WPP). Je ne connais pas les détails et peut-être que ce n'est pas magique, mais le chiffre d'affaires de ces sociétés semble confortable (plus que celui d'XWiki). Il me semble un peu exagéré de poser tous les développeurs open-source en victimes, alors qu'ils sont libres de leur choix et sont loin d'être maltraités dans pas mal de cas, d'autant plus qu'ils sont très recherchés sur le marché. Par contre il est vrai que pour certains types de logiciels et pour certains modes opératoires du logiciel libre, il peut en effet s'avérer difficile de trouver le financement associé.

Je pense que le problème qui est mis en lumière ici n'est pas spécifique au libre, car il existe en réalité pour toute personne qui fait un effort pour participer à la société, comme les bénévoles des ONGs en tout genre, écologie, pauvreté, mais aussi les employés qui acceptent parfois des salaires plus bas pour faire un métier qui participe à la société (éducation, pompiers, chercheurs, services publics, etc..).

Il s'agit d'un côté de la relation entre les acteurs d'un monde marchand, tourné vers les business, qui ne se pose pas toujours beaucoup de questions et prend ce qu'il y a à prendre, et de l'autre côté des acteurs qui se posent des questions et souhaitent contribuer à la société.

Le développeur open-source fait partie de ceux-là, qu'il soit bénévole, dans une entreprise du libre comme SensioLabs ou XWiki, ou qu'il travaille pour les GAFAMs. Quelque part il contribue un peu plus à la société qu'un développeur du monde propriétaire, mais il n'est pas le seul. 

Un point qui serait intéressant est d'ailleurs de communiquer plus pour encourager les développeurs et entreprises du monde marchand à contribuer d'une façon ou d'une autre aux logiciels libres qu'ils utilisent au jour le jour pour leurs employeurs et leurs clients.

Sur le sujet de la relation marchand / non marchand @fabpot a fait lors d'une conférence des remarques intéressantes:

fabpotoss.png

En effet il y a un modèle d'open-source d'entreprise commerciale "Open Source de droite". Il y a aussi un modèle de contributeurs individuels "Open Source de gauche". Cependant je pense qu'il y a aussi des modèles intermédiaires avec des entreprises socialement responsables qui veulent équilibre valeurs et création de valeur. On pourrait appeler cela "l'Open Source du centre".

Chez XWiki SAS, par exemple, nous n'avons pas pris d'investisseurs afin de ne pas avoir cette pression de rentabilité face à nos valeurs et nous souhaitons contribuer notre code en logiciel libre tout en étant capable de payer des salaires corrects à nos employés.

En final la question est de savoir comment on peut financer le logiciel libre autrement que part l'investissement capitalistique ou une part minime du revenu d'une grande entreprise commerciale.

Que pouvons nous donc faire face au problème du financement du libre ? En effet c'est un réel problème. Comme indiqué dans l'article mentionnant "les communs du capital", le monde capitalistique a vu un interêt au logiciel open-source. En final on se rend compte que ces dernières années de plus en plus de contributions au libre viennent des entreprises commerciales. D'autres entreprises commerciales, en particulier Cloud, utilisent les contributions aussi bien des entreprises mais aussi des contributeurs indépendants, et ce sans contribuer en retour ou alors marginalement. Nous avons alors plusieurs façons de voir les choses: nous pouvons voir le verre à moitié plein (plus de code libre) ou voir le verre à moitié vide (la dépendances aux entreprises commerciales et les free-riders). 

Les articles de Calimaq et de Sébastien Broca sont très intéressant car ils soulèvent une contradiction possible chez les libristes qui veulent à la fois un code très libre mais aussi ne pas introduire d'impossibilité pour le monde capitalistique d'utiliser le code libre. Cela pose effectivement une question intéressante. Si le monde du capital peut largement utiliser le code libre, mais le monde du code libre ne peut pas utiliser le code propriétaire, n'y a-t-il pas un risque que le libre ne soit qu'un satellite de la production propriétaire ? Alors l'embélie que nous voyons avec la grande quantité de code open-source produit, n'est dû qu'au succès démesuré du monde du Cloud. A l'opposé, la vision parfois proposée par les libristes est un modèle de fonctionnement à base de volontaires sans entreprises avec un système de donation. Au jour d'aujourd'hui on ne voit que quelques succès dans le système de donation pour le code libre et on risque de voir un fonctionnement uniquement à base de bénévolat.

Calimaq et Sébastien Broca présentent la solution de CoopCycle qui propose une licence à réciprocité. C'est du libre mais avec des contraintes de fonctionner de façon similaire. Le problème est que ce type de licence ne répond pas forcement aux critères d'une licence libre car elle introduit une discrimination. Je vois aussi un autre problème: en restreignant la diffusion d'un logiciel libre, quelque soient les raisons, on pose aussi le problème de son succès, surtout dans la phase de lancement.

Une autre approche est de communiquer beaucoup plus fortement sur le modèle du libre et le besoin de participer ou reverser. C'est pour cela que je fais de plus en plus de conférences sur ce sujet et que nous faisons des efforts pour expliquer le modèle du libre à nos clients. Nous appuyons maintenant de façon systématique sur l'importance du contrat de support, sur la durée de nos contrats et surtout nous appliquons un sur-prix de 50% pour nos services si le client n'a pas de contrat de support. Ceci s'avère plutôt efficace et a l'interêt d'engager la discussion sur le financement de notre logiciel. Aux RMLL2018 le 8 Juillet, je ferais une conférence sur les Recettes et Astuces pour financer du logiciel libre qui explique les méthodes que nous avons appliquées.

Dans l'article de TechCrunch est mise en avant l'initiative OpenCollective que je trouve très intéressante, avec une approche de transparence des finances d'un collectif de production de communs. Pour autant cette approche est de la donation et il reste à prouver la capacité de la donation à apporter des financements significatifs et suffisant pour la production de logiciels libres.

Ces sujets sont très intéressants et les communautés du libre vont devoir les résoudre afin de pouvoir produire des alternatives au modèle des GAFAM. Je doute fortement qu'il sera possible de faire des alternatives viables si l'on n'est pas capable d'apporter une rémunération correcte aux développeurs qui devront produire et maintenir ces solutions. 

Du côté d'XWiki, nous nous posons aussi ces questions. Pour le logiciel XWiki nous avons trouvé un premier modèle qui fonctionne, avec le service et le support et nous arrivons à financer un logiciel plus pour entreprises que pour particuliers. Cependant nous trouvons notre modèle trop lié au service et il est difficile de grandir sur ce modèle. Nous essayons pour cela de nouvelles solutions, comme le support qui représente une part significative de nos revenus, comme notre offre Cloud qui émerge, ou comme livrer des applications payantes tout en les laissant open-source. Nous appliquons ici de façon plus stricte la séparation libre et gratuit.

Pour le logiciel CryptPad, la problématique est justement encore plus importante. Nous avons un financement de recherche qui se termine en 2019 et nous avons un logiciel qui laisse peu de place au service. Il s'adresse aux individus (par son service cloud https://cryptpad.fr) comme aux entreprises qui pourront aussi l'utiliser. Comme le logiciel a une innovation significative (la fusion de données avec chiffrement bout en bout), nous avons décidé d'avoir une licence plus dure, afin de restreindre la reprise du code par les projets non-libres. C'est un début de réciprocité. Mais la question se pose surtout de savoir comment payer les développeurs. Nous avons 2 personnes à plein temps sur le projet, soit un budget entre 50k et 100k par an (en tenant compte du Crédit Impôt Recherche). Nous avons ouvert un mode payant de notre service cloud (qui rapporte environ 1keuros annuellement pour l'instant), mais rien n'empêche nos utilisateurs d'installer leurs propres instances. Le logiciel CryptPad à l'ambition de proposer une alternative aux Google Docs/DropBox/Trello en mode chiffré, ce qui est une tache énorme quand on mesure la R&D pour réaliser toutes les fonctions nécessaires. Nous nous intéressons ainsi au modèle de crowdfunding et de OpenCollective. Récement Framasoft vient de faire une campagne pour PeerTube (33k collectés), et même si c'est prometteur cela reste faible au vu de la notorité de Framasoft et du salaire d'un ingénieur qualifié. Nous nous posons fortement la question sur le bon modèle. D'un côté nous pouvons aller plus vers les individus et le crowdfunding, de l'autre nous pourrions aller plus vers l'entreprise ou la monétisation par le cloud. En tout cas ce que nous ne voulons pas c'est aller vers le financement capitalistique qui puisse remettre en cause le modèle libre. Si vous avez des idées n'hésitez pas !

D'ailleurs, à ce sujet nous cherchons un "lead" business pour CryptPad et aussi pour notre équipe recherche afin de justement trouver le moyen de financer CryptPad et ensuite de l'améliorer pour nos utilisateurs. Pour en savoir plus, suivez notre conférence CryptPad au RMML2018 à Strasbourg le 8 Juillet.

Feb 15 2017

Open Source Software Vendor without raising Capital

I realized, we did not publish these slides and videos from a talk last year telling the "XWiki story" and how we grew from 0 to 2 MEuros revenues without raising money from VCs. I hope this talk can give some advice to entrepreneurs who would like to build up their own company without "selling it" before it even started. ...

Supercharge your collaboration with an Open Source Wiki

At FOSDEM 2017 I had the talk "Supercharge your collaboration with an Open Source Wiki and stop using closed source like Atlassian Confluence". Here are the slides and the video of this talk. ...

Oct 25 2016

Les contrats Open-Bar bloquent le développement des PMEs françaises du logiciel

L'émission Cash Investigation du 18 Octobre a traité le sujet du contrat OpenBar de Microsoft avec le Ministère de la Défense, denoncé depuis des années par l'April.

Je suis heureux de voir cette émission, car XWiki, éditeur de logiciel libre de partage d'informations, se trouve confronté à ce type de contrats (pas seulement par Microsoft) qui nous bloquent régulièrement et nous empèche d'accéder à des marchés (publics et privés). Qui plus est quand on regarde de plus près, on voit que cela se fait au détriment de la concurrence, au détriment du client qui fini par payer plus cher la solution "Open Bar", et au détriment des utilisateurs des logiciels qui ont un moins bon service.

Si l'émission Cash Investigation a traité les contrats Open Bar sur l'aspect du prix et sur l'aspect de la sécurité informatique, elle n'a pas mentionnée:

- la distorsion de concurrence, en particulier vis à vis d'acteurs locaux et PMEs;
- l'insatisfaction d'utilisateurs face aux solutions imposées;
- le fait que cela existe aussi dans les entreprises et pas seulement au Ministère de la Défense et dans les services publics;
- l'effet "bundle" qui permet à Microsoft de pousser des nouveaux produits, de leur créer une base installée, sans mise en concurrence.

J'en profite donc pour relater mon experience et ma vision des contrats Open Bar qui empêche l'entrée de solutions concurrentes et en particulier Françaises (libres et non libres) aussi bien dans des entreprises publiques et dans les entreprises privées.

Qu'est-ce qu'un contrat Open-Bar

Un contrat Open Bar est un contrat négocié à prix fixe pour une période données (3 ans le plus souvent), permettant l'usage d'un ensemble de logiciels d'un fournisseur (Microsoft dans l'émission Cash Investigation) de façon illimitée. Dans le cas de Microsoft, cela veut dire, potentiellement beaucoup de logiciels, dont certains ou les entreprises concurrentes peuvent être des PMEs, françaises ou européennes par exemple.

Comme ça, ça à l'air sympa ! Open-Bar ! Mais comme pour l'Open-bar en soirée, le reveil est plus dur.

Quel est le piège de l'Open-Bar

Le piège est très simple. Au bout des 3 ans on fait les comptes. On regarde l'usage effectif, on fait une belle feuille de calcul (avec Excel puisqu'il est "gratuit"), on multiplie par les prix publics et on présente la note pour les 3 ans à venir, forcement largement plus chère que le contrat précédent. Mais comme le fournisseur est sympa il fait une petite réduction. Bien sûr on n'est pas obligé de signer, puisqu'il suffit de désinstaller tous les logiciels qui ont été installés pendant les 3 ans. Ah ben non, bien sûr, cela ne va pas être possible, on ne peut pas déinstaller des logiciels qui sont utilisés au jour le jour. Bon bien merci pour la réduction. On va renouveler comme ça, mais n'oubliez pas de nous inviter à la conférence à Las Vegas, ou encore mieux à la finale de l'EURO 2016.

Combien ça coûte un contrat Open-Bar

L'émission de Cash investigation à indiqué, dans le cas du contrat du Ministère de la Défense, le chiffre de 80MEuros pour le premier contrat de trois ans, et de 120MEuros pour le second contrat, soit 50% d'augmentation entre les deux contrats. C'est bien sûr la que ça coince. Le client est clairement en position de faiblesse, incapable ni de négocier réellement, ni de sortir du contrat. Le piège s'est refermé. Bien sûr on va se rassurer sur le fait qu'un seul fournisseur pour tous les logiciels, c'est plus simple et on espère qu'on fait des économies d'échelle et de gestion. Enfin on espère. Mais c'est sans compter sur les effets de bords de ces contrats, qui sont ceux qui concernent les PMEs concurrentes mais aussi les utilisateurs.

La distorsion de concurrence

C'est la, qu'une société comme XWiki, mais aussi des centaines d'éditeurs logiciels rien qu'en France, sont concernés par les contrats Open-Bar. Ceux-ci bloquent la concurrence et les effets sont désastreux aussi bien pour les concurrents que pour les clients eux-mêmes.

1/ Un département de l'entreprise à un besoin et regarde les solutions possibles.
2/ Il sélectionne quelques entreprises qui ont une solution qui semble bien adaptée.
3/ Il évalue le prix des solutions et la solution qui serait livrée en final.
4/ Il en parle à son département IT, qui lui indique qu'un logiciel Microsoft pourrait faire l'affaire, et celle-ci est "gratuite" (puisqu'Open-Bar).
5/ L'analyse montre que la solution est loin d'être idéale et pourrait avoir des coûts non-négligeables de services, plus importants que les services nécéssaires pour les solutions concurrentes.
6/ Le prix global des fournisseurs exterieurs (incluant prix du logiciel ou support pour les logiciel Open-Source), reste quand même plus cher, du fait de la "gratuité" supposée du logiciel "Open-Bar".
7/ De plus jamais le prix des logiciels "Open-Bar" ne seront directement facturés au services les utilisants, étant inclus dans un budget de fonctionnement global réparti au pro-rata des employés.
8/ Par contre le prix des logiciels et support concurrents sont directement supportés par le département utilisateur, si celui-ci souhaite réellement s'engager pour utiliser un "logiciel non-standard".
9/ Le département IT insiste fortement pour utiliser la solution "standard" entreprise malgré ses déficiences.
10/ Le client choisit la solution Open-Bar malgré le fait que cela ne répond pas aussi bien aux besoins et que les services sont plus chers.
11/ Au renouvellement du contrat Open-Bar, l'usage du logiciel est pris en compte, le tarif du logiciel peut être largement plus cher que les solutions concurrentes, même avec les discounts.
12/ Le prix global du projet peut être multipliés par 2, 3 voir 5 en final (le prix de la licence n'est pas négociée face à une solution concurrente)
13/ l'utilisateur final n'est pas satisfait car le logiciel n'était pas le meilleur, générant potentiellement d'autres sur-coûts.
13/ Tout cela c'est passé sans mise en concurrence sur le projet particulier dans le cas d'une entreprise publique.
14/ Les entreprises concurrentes et françaises en particulier n'ont pas eu le contrat, bloquant l'emergence de solutions concurrentes, renforcant la domination de l'acteur existant.

Ce cas est un cas presque "idéal" ou une solution concurrente a été un temps envisagée, mais la grande majorité des cas sera de ne même pas regarder les solutions concurrentes et de prendre dans le "pack", puisque c'est "gratuit".

Ce scénario, nous l'avons déjà vécu chez XWiki, alors que nous avions des utilisateurs finaux qui souhaitaient notre solution.

Que faut-il faire ?

Tout d'abord les entreprises doivent faire beaucoup plus attention à ces contrats qui sont faussement avantageux. Lors du choix d'une solution pour un projet, il ne doivent pas considérer dans leur analyse que le logiciel "Open-Bar" est "gratuit" et effectivement prendre en compte le coût futur.

Du côté marché public, si remettre en cause juridiquement cette pratique n'est pas possible (ce que je ne sais pas), les acheteurs doivent effectivement être vigilants car effectivement ils ne sont pas gagnants en final.

De façon générale il doit aussi y avoir une prise de conscience vis à vis des acteurs locaux et comprendre qu'acheter une pack complets de logiciel d'un coup pose un problème évident de concurrence et n'est pas dans l'interêt des clients à long terme. Ceux-ci doivent privilegier les standards et l'interopérabilité permettant d'utiliser des logiciels d'acteurs différents qui fonctionnent bien ensemble. Une stratégie long terme doit être mise en oeuvre afin de créer les conditions d'un marché concurrentiel. 

Et bien sûr comme la Gendarmerie, dont le cas à été montré dans le reportage, les entreprises peuvent se diriger vers les logiciels libres qui sont une solution, cependant sans oublier de contribuer au financement ou au développement des ces logiciels, comme je l'ai déjà évoqué dans d'autres contextes:

http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/10/22/cercle_82665.htm
http://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-ludovic-dubost-nous-parle-de-sa-societe-xwiki-sas

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Nov 18 2014

Considérer le numérique comme une infrastructure

Nous vivons une accélération foudroyante du développement des technologies numériques et d'Internet ainsi que de leur impact sur la société et l'économie.

La moitié des métiers actuels pourraient disparaître d'ici 20 ans (Atlantico, The Economist), et ce type de prédiction n'est pas isolée. Alors qu'il y a moins de 10 ans l'on considérait la voiture automatique comme impossible, la Google Car a maintenant réalisée de nombreux kilomètres sans causer d'accidents. Une généralisation de la voiture automatique pourrait représenter un progrès phénoménal tout en causant une déstabilisation significative des industries du transport. 

Cet exemple montre la progression des technologies d'intelligence artificielle et l'impact possible des technologies sur l'emploi.

Si les nouvelles technologies permettent aussi de générer des nouveaux emplois, il semble cependant que la vitesse à laquelle les nouvelles technologies changent le monde est tellement rapide, que les personnes impactés par ces changements ne pourront pas s'adapter assez vite.

D'autre part le contrôle de technologies disruptives à ce point par un nombre faible d'acteurs tend à consolider la richesse dans un nombre faible d'acteurs bénéficiaires de ces changements. Ceux-ci sont:

- d'un côté les financiers contrôlant les entreprises leaders de ces secteurs
- d'un autre côté les entrepreneurs visionnaires à la têtes de ces leaders ou créateurs de nouvelles entreprises innovantes
- finalement les individus ayants les capacités nécessaires à avoir des postes à responsabilités dans ces entreprises.

Laurent Alexandre dans son talk au TEDxParis, prend l'exemple de la valeur relative de la société WhatsApp, 55 employés, racheté 17Mds$ par Facebook et celle de Peugeot, 100 ans d'existence, 100000 employés, valant 12Mds$.

Comme l'a montré Piketty dans son livre "Le Capital au XXIème siècle", ces dernières années ont concentré la richesse chez les 1% voire 0,01% de plus riches comme jamais auparavant, les niveaux d'inégalités atteignant ceux du 19ème siècle en Europe.

Les changements technologiques disruptifs "big bang disruptions", combinés au contrôle financier peuvent faire atteindre des niveaux de contrôle de la technologie sans précédent par les leaders du secteur numérique. En quelques années les sociétés de la Silicon Valley ont pris le contrôle de nos téléphones mobiles (Apple, Google) qui sont devenus la porte d'entrée de nos vies numériques. 

Les investissements récents de ces acteurs et en particuliers ceux de Google montrent une volonté de ces acteurs d'être présent dans de plus en plus de secteurs:

- Voiture automatique (Google Car)
- Santé (Apple Watch)
- Robotique et Intelligence artificielle (Achat par Google de 8 pépites)
- Energie (Google Nest)
- Amazon (livraison par Drones)
- Réalité Virtuelle (Facebook - Oculus Rift, Google Glass)

Le numérique est partout ("Software is eating the world" dit Marc Andreesen) et va avoir un potentiel impact dans l'ensemble des métiers, pouvant déstabiliser toutes les industries actuelles. En plus nous n'avons encore rien vu comme l'expliquent Erik Brynjolfsson et Andrew Mac Afee dans Second Machine Age (Voir aussi le talk TED Race with the machines).

Avec l'état de la domination de la Silicon Valley sur le reste du monde en matière technologique, un rebattement des cartes de ce type ne pourra pas avoir pour effet autre que de renforcer le pouvoir de celle-ci au détriment des autres régions du monde.

Même si nous arrivions à innover et investir suffisamment pour développer des acteurs significatifs ou conserver des leaders dans les secteurs touchés par la transformation numérique, il est peut probable que nous puissions enrayer la concentration à l'oeuvre au profit des gagnants. Une particularité du secteur du numérique et une forte tendance au "Winner takes all".

Le numérique est une infrastructure de base comme le sont l’énergie ou les transports.
Sans un accès très large aux technologies innovantes numériques de façon libre et ouverte, les distorsions économiques seront significatives. 

Il est fort probable que les technologies clés, comme les infrastructures Cloud, l'intelligence artificielle, les services numériques de communication soient sous contrôle monopolistique ou oligopolistiques dans les années à venir. 

Jeremy Rifkin dans son livre "Zero Marginal Cost Society" prédit une avènement des "Commons" et de l'économie collaborative, et même si de grandes initiatives sont en marche dans ce domaine, on voit surtout des acteurs numériques privés de plus en plus puissants qui contrôlent de plus en plus les outils numériques que nous utilisons. Des technologies un jour ouvertes sont "vendues" ou "financées" et petit à petit refermées. 

Cependant nous avons besoin de pouvoir construire sur les innovations numériques une économie libre et ouverte. Il est nécessaire de garantir un fonctionnement le plus ouvert et libre de l'économie numérique, permettant une concurrence équitable et ouverte aux nouveaux entrants. 

Nous pouvons bien sûr croiser les doigts et espérer soit disposer dans le futur de quelques leaders en Europe dans le domaine numérique ou encore que la pseudo-concurrence libre actuelle soit suffisante pour que les choses aillent dans le bon sens, mais personnellement je n'y crois pas.

Pour moi il est nécessaire de considérer le numérique comme une infrastructure et de prendre des mesures significatives pour assurer la liberté d'accès et de concurrence dans ce domaine.

Quelles sont les conséquences une fois que l'on a dit cela. Concrètement cela veut dire que l'Etat doit assurer un libre accès aux connaissances et technologies numériques, et possiblement s'impliquer et s'assurer que toutes les briques de base sont disponibles afin que les entreprises et les citoyens puissent construire sur ces technologies, que ce soit pour construire des entreprises privés, des projets associatifs, ouvert ou personnels. 

Pour cela on doit protéger les acquis de "l'open" et continuer et renforcer les actions en faveur des technologies libres et ouvertes:

- Pas de brevets numériques, ce qui est le cas en Europe (mais pas aux USA), ni de combinaison de brevets incluant des technologies numériques.
- Aide par l'état des modèles d'entreprises Open (1% open proposé par WithoutModels, exemptions fiscales).
- Valoriser les critères Open Source dans les appels d'offres publics en rendant obligatoire de justifier tout recourt à un logiciel propriétaire.
- Continuation et renforcement de l'investissement par l'état dans la recherche dans le domaine des technologies numériques et publication en Open Source des briques de bases manquantes des technologies numériques du futur (Intelligence artificielle, robotique, etc..).
- Libre accès aux publications scientifiques publiés dés leur sortie de façon libre (nous en n'y sommes pas encore en France au vu de cet article).
- Garantir l'accès libre aux données et aux services par API documentées publiquement pour tout utilisateur ou client qui le souhaite et souhaite connecter un logiciel tiers.

Vous trouverez plus de propositions en ce sens sur le site de Without Models.

Vers une fin de la Propriété Intellectuelle, l'Open Source obligatoire ?

Mais il faudra probablement aller plus loin et se poser la question de la fin de propriété intellectuelle (dans le domaine du numérique), car si un temps la propriété intellectuelle a permit d'encourager la création en permettant à un créateur de "protéger" son invention afin d'avoir un revenu associé et ainsi d'avoir une incitation à créer, aujourd'hui la propriété intellectuelle est devenu un frein à la création et à la libre concurrence.

La propriété intellectuelle est un frein car on ne peut plus créer en dehors des écosystèmes actuels. Ainsi les modèles de créations doivent s'appuyer sur les systèmes existants contrôlés par des acteurs privés puissants. Les entreprises deviennent ainsi des proies faciles pour ces acteurs. Aujourd'hui vous choisissez Apple ou Google et vous obtenez une solution intégrée qui ne laisse pas beaucoup de place pour les acteurs voulant "modifier" le comportement du système, et ce malgré les App Store et le fait qu'Android soit ouvert (effectivement Google contrôle toutes les applications et les services Cloud clés dans le système Android).

La propriété intellectuelle est un frein à la libre concurrence, puisque des technologies clés sont protégées et il n'est pas possible de construire sur ces technologies sans un effort important pour rattraper le retard technologique.

Aujourd'hui la vitesse de création étant plus rapide que la capacité des individus à assimiler les changements, est-il vraiment nécessaire de favoriser la création ? Ne sera-t-elle pas largement suffisante sans ajouter une protection longue dans le temps qui donne un avantage démesuré aux leaders.

Bien entendu c'est une question complexe, car la propriété intellectuelle protège aussi les petits acteurs des grands, et le droit de "copier" risque de ne pas être suffisant, puisque le développement logiciel peut être fermé et non accessible.

Peut-être faudrait il rendre l'Open Source obligatoire, ce qui permettrait une vraie concurrence et libre accès au marché puisque de nouveaux acteurs pourraient se construire utilisant les briques développés par les acteurs leader du marché.

Évidement ce n'est pas une mince affaire même pour l'Open Source lui-même, car une portion significative du code libre à été crée par des acteurs gardant une partie de leur code privé, mais les enjeux sont significatifs, car le numérique est une infrastructure et ne pas assurer le libre accès à cette infrastructure veut effectivement dire qu'on laisse le contrôle de notre économie aux leaders technologiques.

Ce billet est aussi contribué à la consultation du CNNum.

Jun 05 2014

Les Talents du Numerique 2014: une réussite !

Hier, j'étais présent à l'événement "Les Talents du Numérique" organisé par le Syntec Numérique.

Un tweet résumant l'événement :

Plus sérieusement, c'était un très bon événement qui a mis en avant des entrepreneurs du numérique afin qu'ils partagent leur experience ainsi que des projets de jeunes avec une remise de prix pour les meilleurs projets.

A noter en particulier la catégorie "Utopie" présentée par Tristan Nitot montrant des projets ayant l'ambition de "changer le monde".
Il est en effet important pour nous et nos jeunes de continuer à avoir cette ambition, même si comme l'a indiqué Céline Lazorthes de Leetchi "on veut changer le monde, mais bon on commence par changer l'ampoule".

L'objectif de l'événement était de mettre en contact des jeunes avec le monde du numérique et de ce point de vue c'était très réussi, puisque certaines écoles sont venues en force, dont l'EPITA, l'EPSI et la Webacademie.
C'était sympa de discuter avec les étudiants, d'autant plus que nous avons pu rencontrer pas mal d'étudiants intéressés par le monde du logiciel libre, même s'il leur paraissait surprenant d'avoir en face d'eux une entreprise créant du logiciel libre. Nous avons eu droit à l'habituelle question : "mais qu'est-ce que vous vendez ?"

Il est donc important de rappeler: "Le logiciel libre n'est plus une utopie, il y a des jobs !"

Aujourd'hui le logiciel libre emploie de plus en plus de personnes, aussi bien dans des entreprises non technologiques afin de les mettre en oeuvre, dans des sociétés de services spécialisées en Open Source et surtout chez des éditeurs de Logiciels Libres.

Et si vous voulez que votre travail puisse directement ou indirectement contribuer à avoir plus de code libre dans le monde, regardez les éditeurs de logiciels libres de près.

Chez XWiki SAS, nous payons 10 personnes (sur 38) qui produisent (ou testent) presque à temps plein du code XWiki ou des extensions XWiki (soit plus de 25% directement en contribution au logiciel libre).
Et ceci n'inclut pas les contributions réalisées par d'autres employés dans le cadre de projets ou du support pour des clients !
Ceci est possible grâce aux services que nous réalisons pour nos clients, lesquels participent au financement de notre contribution aux logiciels libres, ainsi que des aides pour des projets de recherche français ou européens.

Si vous voulez en savoir plus, XWiki SAS ouvre ses portes le 13 juin en participant à la Startup Assembly. Venez nous rencontrer, inscrivez-vous !

Ludovic Dubost
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May 21 2014

Comment mesurer la valeur de l'économie collaborative ou d'un logiciel libre - le CA et le PIB ne sont plus des indicateurs valides

En suite à mon billet intitulé "Impacts d'Internet et des Nouvelles technologies sur la société: nous n'avons encore rien vu" ou j'ai parlé de l'économie collaborative, une question se pose sur comment mesurer la valeur de l'économie collaborative ou d'un logiciel libre. Traditionnellement on va mesurer le prix (donc le CA) qui rentrera dans le PIB. Or dans le cas d'un produit gratuit, tel un logiciel libre ou comme l'information contenu sur Wikipedia, le prix est "zéro", et donc suivant cette règle de mesure, la valeur est ainsi zéro. 

Quand on pense que Wikipedia serait peut-être une des choses les plus intéressantes à emmener sur une île déserte, même avant la nourriture, puisque avec la connaissance on saurait en produire, on ne peut pas imaginer que Wikipedia contribue ou zéro ou quasi zéro à notre société. 

Ceci pose de sérieux problèmes qui seront grandissant au fur et à mesure de la croissance de l'économie collaborative.

Chez XWiki nous nous sentons tout particulièrement concerné par ce problème car nous voyons nombres d'articles de presse qui sont parler de telle ou telle société ayant levé 5M$, ou de sa croissance de CA. Régulièrement on nous demande notre CA. Lorsque nous faisons des dossiers pour les projets de recherche financés, on nous demande le retour sur investissement du projet, mesure une fois encore en chiffre d'affaires et en croissance économique. Nous voyons aussi des classements publiés en CA et aussi les "magic quadrant" du Gartner avec des minimums de CA important ainsi qu'une non prise en comptes de clients "gratuits". Pour nous même aussi nous aimerions savoir quelle est notre utilité sociale et économique. 

L'article suivant Beyond GDP - Measuring Value in a Service-oriented, Information-based, Digital Economy explique ce problème et donne quelques pistes de reflexion... ...

Mar 29 2014

Indépendence XWiki

J'ai publié l'année dernière sur le blog d'XWiki.com, plusieurs articles sur la naissance d'XWiki, sur la création de l'entreprise, les choix qui ont été faits et partagé mon point de vue d'entrepreneur et de manager. Voici la liste :

Et en particulier celui ou je parle de l'indépendance de XWiki SAS

Sep 16 2009

Séminaire sur le Grand Emprunt

Jeudi dernier 10 Septembre, j'ai été invité à participer au "séminaire" sur le grand emprunt. Voici quelques remarques concernant ce séminaire.

Je partage en très grande partie l'avis de Daniel Glazman sur ce séminaire.

Il est en effet difficile d'appeler cela un "séminaire" et de parler de "travaux". Je comprends que l'enjeu principal est de faire "aimer" le numérique à la commission du grand emprunt, mais il n'en reste qu'il y aurait pu avoir plus de débat et de participation de la communauté du numérique, et la tout était préparé d'avance.

Pour les intervenants j'ai trouvé Marc Simoncini (Meetic) particulièrement bon et juste dans ses explications sur les difficultés rencontrées par un entrepreneur français ou européen. On retiendras "nous avons couru le 110m haies, nos concurrents ont couru le 110m à plat".

Pour ce qui est des investissements proposés:

Pour le Très haut débit, même si la connectivité des zones reculées à un aspect "reduction de la fracture numérique" intéressant, l'ADSL déjà de ce point de vue est à mon sens suffisant et je ne vois pas trop l'intérêt économique de se battre pour du THD en zone rurale, donc financer le THD alors que les opérateurs sont déjà bien incités par les possibilités de gains ne me semble pas super efficace hormis pour accélérer la mise en oeuvre sur les zones les moins économiquement rentable (petites villes). Par contre il y à un enjeu de concurrence. Il faut une ouverture réelle de la concurrence dans le THD. Et de grâce, vendez la 4ème licence à Free. Il y a besoin de cet acteur dans l'espace concurrentiel des Télécoms.

Pour le logiciel, le fond structurel du FSI (Fond stratégique industriel) me semble intéressant, car en effet les entreprises françaises du secteur sont sous-capitalisés et cela limite clairement leurs ambitions. Se développer à l'international c'est quasiment se "vendre" ou "s'exporter".

Je partage l'avis d'Olivier Ezratty (et partie 2 et partie 3) qu'il faut aussi redéployer des investissements lourds par forcement bien orientés. Le CIR va trop aux grandes boites et ce n'est pas un usage efficace du point de vue de la compétitivité de notre industrie surtout dans le serveur du logiciel et du Web. Une extension vers l'innovation, en couvrant aussi le marketing et l'export serait particulièrement utile aux PME innovantes.

Pour la mutualisation des infrastructures, je ne vois pas bien ou mènerait la proposition de Bull de faire des datas-center.. Si google est fort, ok ils ont de la techno, mais ils ont surtout la pub sur le moteur de recherche qui finance les datas centers. Financer l'infrastructure sans le modèle de revenu ne me semble pas intéressant. Par contre financer les logiciels Open Source de Cloud Computing pour que des sociétés comme OVH ou Gandi puissent déployer des services de Cloud Computing ca cela me semble intéressant. Un initiative Cloud Computing Open Source me semble nécessaire et peut recevoir du financement

Pour le numérique "public" type "numérisation des contenus" ou "services publics numériques", c'est sûr il faut investir. Il faudrait par contre éviter que cela aille tout aux grandes SSII et que cela aide aussi le développement des startups avec des services innovant. Le volet "commande public" qui normalement doit faire suite aux appels a projet serious gaming et web innovant (XWiki est leader du projet 'Wiki 3.0') sont intéressants dans ce sens. Cela mériterait d'être renforcé.

Jun 02 2009

Claude Allègre attaque Internet et la Gratuité

Claude Allègre dans un article publié sur le site du Point, titré "Non à la commercialisation du gratuit", fait plusieurs attaques contre la Gratuité (hors monopole de l'état !!!!!!), l'Internet ("jungle inextricable").

Jean-Michel Planche c'est fendu d'une réponse assez complète à laquelle j'adhère largement et je ne vais pas répondre sur ces parties. Par contre, en tant que PDG d'une entreprise qui fait "don" de son source sous licence libre et qui "commercialise" cela, forcement cela demande de répondre.

Le plus choquant pour moi est cette phrase:

"Comme l'a bien montré Maurice Godelier dans son livre « L'énigme du don », la gratuité sans échange doit rester un monopole de la collectivité, de l'Etat, qui l'organise de manière à préserver l'équité. Si le don n'est pas un échange, il aliène celui qui reçoit et détruit le lien social."

J'hésite à dépenser des sous pour lire ce livre qui d'après Claude Allègre est une si belle démonstration sûrement scientifique de l'immense déchéance que représente le fait de participer à l'activité sociale en partageant le fruit de son travail de façon libre et gratuite (ce qui n'exclut pas la possibilité d'en vivre). En tout cas dés que j'entends le mot "monopole" j'ai peur. Et ce quelque soit ce monopole, privée ou public, payant ou gratuit.

Mais qu'est-ce que la "gratuité sans échange" ou la "gratuité avec échange" ? L'article de Claude Allègre est sur ce point fait l'allégations complètement gratuites et pas claires.

Il me semble extrêmement présomptueux de vouloir réguler ce domaine la. Il n'y aurait plus de limites, et on dériverait rapidement vers la dictature des idées.

Peut-être que la gratuité peut créer une "aliénation" ou plutôt une "dépendance" mais comme l'a montré notre industrie informatique le fait d'acheter n'empêche pas non plus cette dépendance. La seule chose dans notre domaine qui empêche la dépendance c'est "l'open source" (qui est gratuit par corollaire à un certain point) puisque qu'il donne des libertés à l'utilisateur.

Pour ce qui est de détruire "le lien social" je ne sais pas trop de quel lien Claude Allègre parle, mais au contraire les échanges sur Internet à base de contenus gratuits et/ou de sites ou logiciels gratuits et souvent open-source sont générateurs d'un lien social bien plus fort et solide. Les communautés par exemple du logiciel libre sont un exemple fort.

Pour autant la gratuité peut-être un leurre, mais ce n'est pas la "gratuité sans échange", mais pour moi c'est la "gratuité sans liberté". Lorsque j'utilise un produit gratuit ou non, je me méfie non pas du fait de la quantité d'argent que j'ai donné (ou non en cas de gratuité), mais je me méfie de la liberté que j'ai d'arrêter de l'utiliser. Je me méfie de l'investissement personnel (ou en groupe avec mes amis ou mon entreprise) que je fais dans cette solution qui pourrait changer unilatéralement sans que je ne puisse rien faire. Je me méfie aussi du degré d'ouverture et de liberté de modification au produit, car cela à un impact sur son évolution future (un produit fermé arrêtera un jour d'évoluer car unilatéralement son propriétaire ne voudra pas le faire évoluer dans la "bonne" direction. C'est le mécanisme darwinien ou anti-darwinien induit par la fermeture de la solution). Et si j'ai investi dans cette solution qui n'évolue plus j'ai perdu, et ce que la solution soit gratuite ou payante.

Prenons un exemple: Skype.

  • Skype est gratuit pour les services de base.
  • Pourtant Skype rapporte beaucoup d'argent et pas par la publicité, mais par les services additionnels.
  • Skype est très fermé (les APIs sont pas terribles, incompatibles d'une plateforme à l'autre, le réseau n'est pas ouvert aux autres réseaux).
  • Mais Skype est un bon produit bien fait (hormis que ce matin sur iPhone il plantait bien), et nous l'utilisons dans notre entreprise avec succès.
  • Nous payons d'ailleurs pour les communications Skype-out que nous faisons avec Skype (mais en même temps elles sont moins chères que bon nombre d'opérateurs fixe).
Mais Skype appartient à eBay et n'a pas beaucoup évolué ces dernières années. Aujourd'hui l'innovation est sur Jabber et le standard XMPP. Jabber est open-source et XMPP un standard. Google Talk utilise ce standard. La dernière innovation de Google, Google Wave utilise aussi ce standard. Mais chez XWiki on utilise "Skype" car cela à mieux marché pour nous pour des petits détails. Mais je suis conscient que cela nous "coince" dans une solution qui n'est pas porteuse d'innovation, alors que la solution Jabber/XMPP l'est.

Le même exemple est valable pour un logiciel propriétaire payant. Et le contre exemple est valable pour une solution gratuite comme Google Talk qui est ouverte aux standards, et ce point de vue la si Google est monopolistique dans le domaine de la recherche et dominateur sur la publicité sur Internet, il faut reconnaitre que c'est un bon citoyen "open source" et du monde des "standards". Le code source de Google Chrome, d'Android et bientôt de Google Wave en fait un contributeur majeur de l'open source (ce qui ne rend pas Google exempt de défauts ni de volonté d'être dominant).

Ce n'est pas le don qui est un facteur d'aliénation, mais l'absence de liberté, qui en informatique correspond à l'absence de "standard" et l'absence d'ouverture (APIs ou Source du logiciel). A l'inverse la liberté par les APIs par l'Open Source est un facteur de progrès phénoménal, car il permet au logiciel d'évoluer.

Il y a bien sûr une complexité, qui est le lien entre "Open-Source" et "Gratuité". Si c'est open-source c'est forcement gratuit ? Et si c'est gratuit (ce qui n'est pas obligatoire), il n'y aurait pas de revenus et le produit ne peut pas se développer. C'est en effet une difficulté à court terme, car en diffusant le logiciel gratuitement (ce qui n'est pas obligatoire) on réduit un peu le financement jusqu'à que le volume de business induit par la diffusion massive compense cela. Je ne vais pas m'étendre sur le fonctionnement du "business model" open source ici, mais juste vous dire qu'il y a des sources de financement et que c'est bien la liberté des entrepreneurs de décider la façon dont ils veulent développer leur entreprise.

La chose qui est importante et qui m'a fait créer une société en Open-Source c'est le fait d'être convaincu que mon entreprise sera un "meilleur" citoyen en faisant de l'open-source, que ce soit par notre production ou par le faire de participer au fait que les logiciels et solutions informatiques soient plus ouvertes et respectueuse des standard (voir les longs articles de Tristan Nitot sur le Standblog qui explique que l'impact de Mozilla va au delà de Mozilla lui même puisque cela met la pression sur les autres développeurs de navigateurs pour supporter les standards).

Mais loin de moi l'idée de vouloir imposer quoique ce soit aux autres entrepreneurs. Je reconnais la liberté de développer son entreprise comme bon lui semble, et je regarderais en tant qu'utilisateur chaque solution qu'on me propose en pesant le pour et le contre. Et en informatique l'aspect open-source comme l'aspect respect des standards sera un aspect important car facteur à mon sens de liberté et de progrès social, et je ne manquerais pas de le dire à mes clients et prospects. C'est en fait au même niveau qu'acheter "bio" ou "équitable".

De ce point de vue, l'article de Claude Allègre est choquant car il s'érige en porteur de la vérité absolue et en moralisateur. L'Internet n'en est qu'à ses débuts et s'il déstabilise des business existants porteur de progrès social, ce n'est que minime par rapport au progrès social direct et indirect crée par ces outils. Plutôt que se battre pour essayer de protéger coûte que coûte des systèmes obsolescents le monde politique devrait beaucoup plus s'intéresser à comment favoriser encore plus de progrès avec l'aide d'Internet.
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Created by Ludovic Dubost on 2008/12/31 18:46